26/12/2011 11:17 Publié dans Sport | Lien permanent

Jour de la boîte

J'adore le «boxing day». Ça sent bon la bière de Noël, l'herbe lourde et la clope froide. Rarement le football est aussi proche des hommes de peu de joie que le 26 décembre.

Un après-midi au Pickwick, les verres s'entrechoquent, Serge fait office de pilier, le «boss des télécommandes» manie savamment les zapettes pour contenter tout le monde. Chacun est à son poste, l'arbitre siffle, l'exode peut commencer.

Très vite, l'atmosphère se charge d'une tension que seuls les braves connaissent. Ceux qui savent que le «boxing day» se paye de sa personne, que l'euphorie se cherche et se trouve autant au fond de la pinte qu'au bout du pied de Wayne Rooney. Le similicuir des banquettes se fait collant, une vilaine moiteure recouvre les murs, 35° à l'intérieur, -5° dehors: le «boxing day» laisse des traces, toujours. Heureusement, Dieu créa le Néocitran. Mais ça, c'est pour plus tard.

La clope est à peine allumée que la rumeur gronde. C'était pas le bon moment pour sortir soulager sa tension. A travers les culs de bouteilles qui font office de vitre, difficile de distinguer le buteur. Mais c'est bien Arsenal qui vient de marquer. Surement un coup de Van Persie, cheveu noir maillot rouge, une chance sur deux.

La mi-sèche écrasée et la bière à moitié renversée par les Pakistanais londoniens debout sur leur table fétiche, le dernier ralenti est encore capté. Ouf. C'est la loi du «boxing day»: il faut payer de sa personne pour en jouir. A défaut de la bière, la morale, elle, est sauve.

Les vapeurs montent autant que les chants. «Que sera, seraaaaaaa, whatever will be, will beeeeeee...» C'est beau toute cette chaleur humaine, si loin des artifices de Noël, et pourtant si proche. Là le football «popu» prend tout son sens. Rassembleur social et exutoire cathartique. "Bradsu-bradsou", les cockneys et les nantis du Pays de Cocagne se serrent très fort, le lycra se frotte contre la soie. Ou lorsque le jeu dur devient doux, tout doux.