29/10/2012

La faim justifie les moyens

Servette a cueilli sa première victoire de la saison. Cinq mois de disette pour enfin à nouveau récolter trois points, et un constat: les Genevois se débrouillent mieux face aux gros.


La dernière victoire des «grenat» remontait en effet au 20 mai dernier face à un FC Bâle déjà champion. Hier c'est face au surprenant mais incontesté leader de Super League que Servette s'est imposé.


Des points dans l'escarcelle, mais très peu de jeu au rendez-vous. Servette a subi, Servette a plié, mais Servette n'a pas rompu. «On s’est battus avec nos moyens, mais on n’a en rien volé cette victoire, même si on l’aurait plus méritée en d’autres circonstances», glissera coach Fournier dans nos colonnes au terme de la rencontre.


Il en va dans la vie comme dans le football, c'est face aux obstacles les plus insurmontables que l'Homme se surpasse, s’entichant peu de la manière. Et c'est sur les petits aléas que les esthètes du quotidien trébuchent. La tourmente est le tremplin des cœurs vaillants, lorsque la manière est le luxe des insouciants.


Conclusion: c'est quand le jeu devient dur que les durs deviennent bons. CQFD.

25/10/2012

Un vrai match de Ligue des champions

«Les meilleures équipes, the chaaaaaampiooooooons.» Trompettes sonnantes et cymbales claquantes, l'hymne de la Ligue des champions prend aux tripes et reste coincé dans l'oreille interne. Georg Friedrich Haendel était sans doute loin d'imaginer que son Zadok the Priest, composé pour le couronnement du roi Georges II de Grande-Bretagne en 1727, enivrerait les amoureux du ballon rond trois siècles plus tard.


Lorsque le Real Madrid et le Borussia Dortmund sont entrés sur la pelouse du Signal-Iduna Park - Westfalenstadion pour les puristes dont je fais partie - sous l'aria d'un lyrisme haendélien réadapté en trois langues pour les rois de l’Europe globalisée, chefs droits et torses bombés, la solennité de l'instant est monté haut au panthéon de l'icosaèdre tronqué.


Les regards bienveillants de Ferenc Puskas et Lothar Emmerich en toile de fond, les 22 contemporains ont fait honneur à la plus relevée des émulations sportives de ce bas monde. Un vrai match de Ligue des champions: un engagement débordant comme la mousse d'une bière trop fraiche, une envie à faire pâlir un taulard sevré depuis 20 ans. Les champions d’Espagne et d’Allemagne ont offert au bas peuple l'opium qu'il suppliait sans vergogne.


Au final peu importe le score, il reste l'émotion, le partage. Et surtout l'évasion. De celle qui font office de baume à l'âme, autant pour les chômeurs de la Ruhr que pour les indignés du royaume de Castille. Au fond de leurs cœurs, s'en retournant à la triste réalité de leurs existences, ils lâchent ces mots en chorale, aussi inattendus qu'emplis d’espoir: «Merci à toi, Georg Friedrich Haendel».

22/10/2012

Triplé ou pas?

Wayne Rooney a inscrit un triplé ce week-end avec Manchester United lors de la victoire des Red Devils sur Stoke City (4-2).


En fait, c'est un triplé plutôt controversé qu'a réalisé l'homme au cache misère en poils de fesses. Une des réussites du Mancunien était en effet dirigée contre ses propres cages.


Alors question: peut-on qualifier de triplé un triplé qui ne compte pas triple? Ou alors faut-il soustraire une réussite à l'ensemble des buts inscrits dans le bon sens? De sorte que Rooney ne devienne que simple buteur? Pas facile de se prononcer...


Reste que Wayne Rooney a inscrit ses trois premiers buts de la saison en championnat. Il lui aura donc fallu marquer contre son camp pour que le déclic se fasse enfin. Gageons que Sir Alex s'en accommodera sans broncher. Quitte à perdre lui aussi quelques cheveux dans la bataille.

19/10/2012

Du vomi sur la tête de Streller

Au gré de mes pérégrinations sur la Toile, je suis tombé sur cette charmante petite histoire. Asseyez-vous autour du feu mes enfants, je vais vous la conter.


Il était une fois l'entraîneur d'un sombre club de deuxième division départementale française qui avait perdu patience. Ses joueurs se présentaient constamment ivres morts sur la pelouse le dimanche après-midi. Un beau jour, épuisé par les excès de ses protégés, il choisit de claquer la porte. Ras le bol, fini de jouer, suffit.


«Sept de mes titulaires étaient bourrés, raconta le coach désespéré. Deux ou trois d’entre eux ont même dégueulé sur le terrain pendant l’échauffement, c’était n’importe quoi! Sur le banc, franchement, je devenais fou. Je voyais bien que les mecs avaient envie de faire des efforts, mais ils ne pouvaient pas courir.» Passé à tabac 5-0 par son adversaire du jour, le petit club voyait donc son mentor vider son casier dès le coup de sifflet final.


Cerise sur le baba au rhum, ce n'est autre que le président du club qui avait convié ses joueurs à la virée nocturne en question.


FIN


«Ah, voilà une belle histoire comme le football nous en réserve que trop rarement», me suis-je dit dans un premier temps, transporté par la poésie du moment.


Avant de remettre les pieds sur terre: «Quels petits joueurs ces pros! Quand ils sont de sortie, c'est trois jours avant un match, et on leur fait la morale. N'importe quoi!»


Et si Tintin mettait tous ses protégés à l'épreuve de la Williamine un samedi soir alors que les Sédunois ont rendez-vous le lendemain à 13h45 sur la pelouse du Parc St-Jacques?


Je verrais bien Dingsdag vomir sur la tête de Streller lors d'un duel aérien un peu trop viril. Pour sûr, les audiences dominicales de Teleclub prendraient l'ascenseur. Et les revenus sponsoring qui vont avec aussi. De quoi professionnaliser l’arbitrage en Suisse! Haut les cœurs? Haut-le-cœur.

17/10/2012

Girouette

Olivier Giroud est un grand attaquant. Par la taille déjà, par l'envergure encore, par le réalisme aussi.


Face à l'Espagne, entré en jeu à la 88e minute, il n'a touché que trois ballons. Résultat: un but et deux passes réussies. Un bilan de joker à faire pâlir l'efficacité de notre Mario Gavranovic national, auteur de 4 buts en 187 minutes sous le maillot rouge à croix blanche.


Avec sa réussite inespérée, Giroud a non seulement offert un point aux Français, mais aussi mis fin à six années de disette offensive des Bleus face à l'Espagne. Il fallait remonter jusqu'à la Coupe du monde 2006 et un certain Zinédine Zidane pour voir un gardien de la Roja chercher un ballon hexagonal au fond de ses filets.


Avec Arsenal, son nouveau club depuis le mercato estival, Olivier Giroud est plus à la peine. Un but en sept appariations en Premier League, un bilan digne de notre Eren Derdiyok national (7 buts en 43 sélections à la pointe de l'attaque).


Et si le monde entier avait assisté hier au fameux déclic que tous les attaquants qui peuplent la planète football espèrent voir arriver le plus vite possible? «Le but le plus important de ma carrière? C’est sûr que c'est un but qui compte, confiait l’ancien Montpelliérain à L’Equipe. Il fait beaucoup de bien...»


Olivier Giroud a-t-il définitivement fini de jouer à la girouette dans ses performances? Réponse samedi en fin d'après-midi sur la pelouse de Norwich.

15/10/2012

Deux poids, deux mesures

Ottmar Hitzfeld a donc adressé un doigt d'honneur à un arbitre. Digitus impudicus diraient nos ancêtres les Romains, qui voyaient en ce majeur dressé une évocation visuelle d'une pénétration sexuelle honteuse ou dégradante. Merci Ottmar, grâce à toi j'en sais enfin plus sur ce geste vieux comme le monde.


Sur le fond comme sur la forme - tristement - rien de choquant dans un milieu où les insanités sont monnaie courante. Qu'on les cautionne ou non, les provocations font partie intégrante du jeu. Les footballeurs sont très suceptibles dès que leur virilité est remise en question. Résultat, les agaceries ciblent souvent la zone qui se trouve en-dessous de la ceinture. De là à y voir un complexe...


Trêve de considérations universalistes, revenons à nos moutons noirs helvétiques. Je me rappelle d'un certain Michel Morganella. Pendant les Jeux Olympiques de Londres, il avait gazouillé des insultes au peuple coréen par le biais de son compte twitter. Le jeune Valaisan, pas malin pour un sou, s'était fait signifier le chemin de Chippis fissa par les dirigeants de Swiss Olympic. «Nous condamnons de la manière la plus ferme cette offense et cette atteinte à la dignité», avaient justifié les cadres du jeune Iroquois.


Alors, certes, l'ASF et Swiss Olympic sont des organismes indépendants. Pour autant, les valeurs du sport ne sont-elles pas universelles? Il m'avait semblé comprendre un truc dans le genre...


Oui, un doigt d'honneur est une offense et une attenite à la dignité. Les dirigeants du football suisse se contentent pourtant, comme trop souvent, de ne pas «anticiper». «C’est désormais à la FIFA de se prononcer. On ne veut pas punir deux fois M. Hitzfeld.»


La carrière du maladroit et fougueux Michel Morganella ne fut pas loin d'être brisée par l'opprobe de la vox populi. Quid de celle de l'expérimenté et montone Ottmar Hitzfeld? Les Romains, déjà, ne prêtaient leur indulgence qu'aux riches.

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11/10/2012

L’hôpital se fout de la charité

Rien ne m'exaspère plus que d'entendre Pepe se plaindre du comportement de ses adversaires. Les joueurs du Barça seraient des comédiens, que les arbitres devraient sanctionner sévèrement.

Venant d'un gars qui devrait se faire expulser (en moyenne) 2,3 fois par match, c'est un peu fort de café.

Peut-être est-ce là une habile stratégie pour tenter de faire oublier sa grossière erreur défensive sur le premier but de Lionel Messi lors du Clasico dimanche dernier? Mais c'est sans doute lui attribuer trop d'intellect que d'imaginer pareille manœuvre.

Perso, si j'étais joueur pro - ne riez pas, parfois j'en rêve la nuit, et c'est plutôt réaliste -, et que je voyais Pepe me charger, je crois que je m'écroulerais tout de suite, même s'il se trouvait encore à cinq mètres de moi. N'y voyez pas une vile tentative de simulation, mais juste l'expression de mon instinct de survie.

Alors s'il vous plaît M. Pepe, arrêtez de voir des comédiens partout. Vos adversaires connaissent tout bonnement vos antécédents. Résultat: dès qu'ils vous voient approcher, ils ont peur pour leur vie. Et c'est sans doute le plus beau compliment qu'ils puissent vous faire.

 

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10/10/2012

Le courage fait homme

Il est des histoires qui servent d'exemple. On les appelle paraboles. Rien avoir avec les antennes qui fleurissent sur nos balcons, si ce n'est qu'elles servent à voir plus loin.


La nature humaine n'est que trop rarement exemplaire. La chair est faible et paresseuse, c'est ainsi. Surmonter la nature profonde de son être intérieur est un combat de chaque instant.


La vie d'Eric Abidal est une allégorie des temps modernes. «Le courage fait homme», voilà un titre qui lui conviendrait.


Frappé par un terrible cancer du foie, le Français du FC Barcelone a subi une greffe en avril dernier. Une intervention de plus de neuf heures, qui s'était prolongé jusque tard dans la nuit. Le donneur n'était autre que son cousin, et les pronostics loin d'être encourageants.


Hier, soit le mardi 9 octobre, le FC Barcelone balançait un communiqué anodin sur son site internet. «Eric Abidal suit actuellement un stage dans les Pyrénées, au Val d'Aran. Sous la houlette du physiothérapeute du club, le défenseur blaugrana âgé de 32 ans enchaîne courses et travail avec le ballon.» Moins de six mois après sa lourde opération, Eric Abidal remet l'ouvrage sur le métier.


Le Français a tout gagné au long de sa carrière. A son âge, personne ne lui raconte des histoires: il ne regagnera sans doute jamais sa place de titulaire, d'autant plus qu'il serait désormais barré par le fougueux Jordi Alba, embauché cet été.


Le numéro 22 catalan n'en a que faire. Pour son cousin, pour le public du Camp Nou - qui à chaque 22e minute entonne son nom, un peu pour lui aussi. Il fera tout pour revenir, peu importe l’énergie qu’il devra investir. «Abi» deviendra un symbole de la volonté comme force première de la nature. Une leçon pour tout un chacun.


Au courage, il a gagné sa lutte contre sa maladie. Au courage, il a gagné sa place dans nos cœurs.

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08/10/2012

Jouez avec vos émotions

La Casa du Deportivo, un rien désuète, affiche déjà complet bien avant le début de la rencontre. La cuisine fulmine, débordée par l'effluve du temps qui passe et qui rapproche irrémédiablement de l'instant fatidique.

C'est le lot insupportable de l’avant-match: pression exponentielle de l'insaisissable instant, ou quand la cigarette qui se consume demeure le seul rapport concret à la temporalité. 

Puis, tout s’enchaîne bien trop vite. Le temps qui ne voulait pas avancer s’emballe sans crier gare. Madrilistes et Barcelonistes se rendent coup pour coup, façon Ronaldo et Messi. Quand l'un exulte, l'autre cherche du regard un vain réconfort au fond de son verre. La réciproque ne sera que plus exubérante, histoire d'envoyer la fierté du rival valdinguer, loin. Sa mine déconfite n'est-elle pas encore plus jouissive que le sain bonheur du vainqueur?

Au final, tout s'équilibre. Chaque camp a poussé le même nombre d'onomatopées provocantes, fumé le même nombre de cigarettes, et perdu le même nombre de cheveux. Faisant fi de toutes les prédispositions génétiques. 

Ronaldo et Messi se quittent dos à dos, Juan et Abel se quittent ventre à ventre, en claquant une dernière bise en guise de confiteor. Personne n'est vraiment content, personne n'est vraiment triste. Mais tous ont purgé leurs émotions. La catharsis du Clasico opère infailliblement sur celui qui ne craint pas de s'abandonner à ses transports.

 

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04/10/2012

Le PSG se mesure à l'Europe

Sur la dernière décennie, le FC Porto s'est fait une place de choix dans l'Europe du football. Révélateur de talents, formateur d'expérience, le Dragon pratique derechef un football référence, fait de continuité et de pragmatisme, sans perdre un goût certain et précieux pour la folie.

Le PSG qatari s'est mesuré à cette solidité de tous les instants. A ce haut niveau qui ne tolère pas la moindre faille, 90 minutes durant, où la bataille du milieu de terrain constitue le nerf de la guerre. Si Marco Verratti impressionne la L1, à la relance comme à la récupération, il est encore trop court pour la Ligue des champions. Du haut de ses 19 ans, il n'a pas encore l'épaisseur psychologique d'un Sergio Busquets. Rien de plus normal d'ailleurs. Mais c'est ce à quoi il doit tendre pour sécuriser les Parisiens.

«Un Porto au goût amer», titrait ce jeudi matin nos confrères de L'Equipe. Il s'annonçait doux et euphorisant: le breuvage - classe européenne - proposé par Carlo Ancelotti mérite encore un peu de maturation. Mais les ingrédients sont là. Sakho et Matuidi ont été impeccables, Sirigu aussi. Etonnement, ce sont ceux dont on critiquait le manque d'expérience au plus haut niveau qui ont répondu présent.

Ma foi, c'est inexorable. Le succès du PSG va devoir se contenter d'être une science aussi inexacte que les ailes de pigeons de Zlatan Ibrahimovic. Sorti de nulle part, personne ne sait véritablement jusqu’où il ira.

 

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